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Christine Vermorel-Delmas

Coach professionnelle en thérapie cognitive et comportementale



Réflexion sur le pourquoi de la souffrance au travail

12 février 2025

SMS 12 - 15 novembre 2024

Bonjour à tous,


Cela fait tout juste un an que je vous envoie mensuellement ces sms. Je vous remercie vivement pour vos retours et votre fidélité en tant que lecteur.


Je suis également à votre écoute sur des idées de sujets ou suggestions quant à leurs contenus afin de les faire évoluer au plus près de vos besoins et attentes.


Le sms du mois dernier abordait un peu ce sujet, mais j’ai souhaité au regard de l’ampleur du phénomène aller davantage sur le « pourquoi » de la souffrance que l’on constate de partout dans les organisations aujourd’hui.

Ce phénomène étant exacerbé par la difficulté à recruter.


À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale qui a eu lieu jeudi 10 octobre 2024, Harmonie Mutuelle et l’IFOP ont mené une étude au sujet du bien-être au travail des actifs dans la région Grand Est.

Selon cette étude, plus d’1 actif sur 2 de la région reconnaît avoir déjà été en situation de mal-être ou de souffrance au travail au cours de sa carrière. 

Les femmes et les salariés du secteur public sont davantage concernés.

D’après le baromètre réalisé par l’IFOP, « 56 % des interviewés déclarent avoir déjà vécu une situation de mal-être ou de souffrance au travail au cours de leur carrière ».

31 % des actifs indiquent également s’être vu prescrire un arrêt de travail en raison d’une situation de mal-être au travail.

Le stress, comme premier facteur de souffrance au travail

Cette souffrance au travail peut être engendrée par différents éléments. Selon l’IFOP, les principaux facteurs dans le Grand Est sont :

  • un stress élevé (53 %) ;
  • la charge de travail trop importante (42 %) ;
  • le manque de reconnaissance de la qualité du travail fourni (42 %). 

Le sentiment d’une rémunération insuffisante n’arrive qu’en 5ᵉ position (27 %).

Les actifs les plus affectés par le stress sont : les 40 à 49 ans, les cadres et artisans, les salariés du secteur privé et ceux travaillant dans les TPE (très petites entreprises) ou dans les services.


Christophe DEJOURS et Cynthia Fleury dont je vous ai déjà parlé, ont publiés récemment divers chroniques et ouvrages suite à ces enquêtes et à de nombreux témoignages dont ils sont les destinataires en tant que cliniciens ou psycho-praticiens sur le sujet.

Christophe DEJOURS s’occupe plus particulièrement de psycho dynamique du travail. 


Qu’est-ce que la psycho-dynamique du travail :

C’est une discipline récente des sciences sociales. Elle se définit comme « l’analyse des processus psychiques mobilisés par la confrontation du sujet à la réalité du travail. Elle propose des outils théoriques pour améliorer les rapports entre l’homme et le travail, en vue de comprendre les relations entre fonctionnement psychique et organisation du travail ».


L’investigation porte sur la normalité et la souffrance dans le cadre de l’activité de travail. La normalité n’est pas conçue comme simple absence de maladie, mais comme le résultat toujours précaire de stratégies défensives développées par le sujet pour résister à une organisation de travail déstabilisante ou néfaste pour son fonctionnement psychique et sa santé mentale.

On distinguera d’une part le volet technique du travail et d’autre part le volet « fonctionnement, culture, modes de management, interactions.. ».

Les différents travaux et notamment ceux de Christophe DEJOURS montrent comment l’évaluation des performances par des méthodes quantitatives, la standardisation des modes opératoires, la tutelle des gestionnaires qui ignore la plupart du temps le réel du travail (ce à quoi chacun est réellement confronté pour mener à bien son travail) ont contribué à créer un contexte délétère au sein duquel (selon Cynthia Fleury) la sublimation au travail, voir du travail, est devenue quasi impossible. Elle précise que pour que celle-ci ait lieu, il faut que l’organisation soit respectueuse du « travail vivant », c’est à dire du « réel », de ce à quoi chacun est confronté.

Selon Christophe DEJOURS, « La tâche n’est pas l’action, les prescriptions ne peuvent être exécutées à la lettre, le travail est dans l’écart avec les consignes prescrites » Il est toujours dans la conception. 

A partir du moment où chacun n’a plus accès à cela, la souffrance survient et s’accumule.

Les patients des praticiens qui « écoutent » le travail rencontrent principalement 3 formes de honte :

  • celle d’avoir été « humilié » publiquement devant des collègues, des clients;
  • celle de trahir ses convictions en faisant un travail de mauvaise qualité);
  • celle d’être en arrêt de travail.

Globalement, la majorité se sentent honteux d’être inactifs, improductifs, ne se sentent plus à la hauteur, incompétents et culpabilisent. 

Comme le rajoute Christophe Dejours, tous ces sentiments broient littéralement l’estime de soi et la santé mentale.


Dans ma pratique, ce qui me frappe en premier lieu :

  • lorsque j’accompagne des groupes de managers, c’est leur soulagement lors de leur prise de conscience qu’ils ne sont pas les seuls à avoir ces difficultés face aux contraintes liées à leur contexte;
  • lorsque j’accompagne des personnes en souffrance, pré ou post Burn-Out, c’est la honte, la culpabilité à ne pas pouvoir faire leur travail correctement, leur lutte et la dégradation de leur estime de soi et/ou confiance en soi.


Dans un univers très contraint comme celui que nous vivons actuellement dans les organisations, être accompagné individuellement ou collectivement permet de mieux comprendre ce que l’on vit et de soutenir le réel, voir d'en recréer un plus aidant et de sortir de la culpabilité notamment.


Vous pouvez lire l’ouvrage de Christophe DEJOURS sur les mutations récentes de l’organisation du travail et leur rôle dans la formation de pathologies mentales occasionnées par le travail : « Ecouter le travail vivant » aux Editions de l’Atelier 2024.

Je vous souhaite un très bon WE.

Bien à vous,

Christine Vermorel-Delmas - Coach diplômée « D.U. Coaching en entreprise » IAE LYON III

Tel. : 0660485399 christine@prospectivh.fr


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